On avait laissé Benoît Burello en 2003 sur
un album, Spacebox, le second de son projet Bed après
The Newton Plum, qui semblait l’avoir définitivement
conforté dans son statut – au demeurant tout à fait
enviable – de "Mark Hollis (ou Robert Wyatt) français".
On
le retrouve aujourd’hui bien ailleurs. Dès
son titre, dès le portrait de groupe de sa pochette
et les saisissantes photos de paysages (signées Elie
Jorrand) de son livret, on sent qu’avec New Lines,
troisième disque pour Ici d’Ailleurs, Bed a
pris un virage radical. Cela se confirme dès les premières
mesures du haletant Newsprint, folle course de haies mélodiques
qui pourrait en remontrer à bien des Bloc Party :
délaissant l’introversion de son rock de chambre
poignant et délicat, Bed – comme une rivière
sortirait de son lit – a pris le large, à tous
les sens du terme.
Benoît Burello est certes toujours accompagné de
ses fidèles frères d’armes – le guitariste
Olivier Mellano, le prodigieux Jean-Michel Pires à la
batterie (The Married Monk, Headphone, Yann Tiersen), ou encore
Yann Louineau (qui jouait de la guitare sur The Newton Plum,
et qui ici cosigne tous les textes) –, mais il leur a
adjoint deux musiciens (les batteurs Thierry Chompré et
Nicolas Courret) pour faire de Bed un véritable groupe.
Ainsi entouré, Burello a accéléré le
rythme, élargi ses horizons pour produire un album que
l’on pourrait qualifier d’éperdument "rock",
si le terme pouvait rendre la mesure d’une pop aussi
subtilement ouvragée.
"J’ai l’impression que Bed, c’est ça,
et pas autre chose", déclare Burello, que l’on
n’a jamais connu aussi fier d’un de ses disques.
Il a de quoi. New Lines dégage en effet un "drive",
une puissance dynamique impressionnante, que ce soit au fil
de long tunnels hypnotiques évoquant le krautrock endiablé de
Neu! (Newsprint, A new start) ou de mélodies labyrinthiques
rappelant tantôt la pop à tiroir des Notwist (Into
the void, et son imparable ligne de basse), tantôt les
inlassables modulations de XTC (Midsummer Night Song), les
enluminures harmoniques de Pinback… On avait laissé Benoît
Burello sur une image de "janséniste", on
le retrouverait presque converti à l’hédonisme,
apparemment bien loin de Mark Hollis ou de Robert Wyatt. Et
pourtant…
Pourtant, le propos de Bed a beau être devenu plus direct,
plus percutant, Benoît Burello n’a rien perdu de
ses ambitions. La réalisation de New Lines (au studio
Plumpike de Burello, à Montreuil, et, pour les batteries,
au studio Cocoon de Rennes) témoigne d’un perfectionnisme,
d’une volonté de recherche sonore toujours aussi
sidérante : derrière l’omniprésence
des percussions (sur la plupart des morceaux interviennent
en moyenne une grosse caisse doublée par deux toms basses,
et pas moins de trois caisses claires !), les arrangements
sont aussi subtils que ces rythmes impairs, ces enchaînements
harmoniques qui ont le chic pour emmener l’auditeur là où il
s’y attend le moins. Qui pourrait par exemple deviner
que, sur Newsprint, la première guitare n’entre
en jeu qu’après plus de deux minutes (la basse
comme les lignes distordues sont toutes jouées au piano
saturé) !? Bed aurait aussi bien pu s’appeler
Polyphonic Youth…
Témoignant d’un désir communicatif de convertir
l’Hexagone à ces mélodies lumineuses dont
XTC ou les High Llamas ont le secret, se permettant même
des allusions textuelles au Sexual Healing de Marvin Gaye,
New Lines l’affirme haut et fort : Benoît Burello
est bien, à tous les sens du terme, un musicien majeur.
David Sanson
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