Le travail de Dominique Petitgand prend différentes
formes selon son mode de diffusion : éditions de CD,
installations sonores et concerts dans l'obscurité.
Dominique
Petitgand définit ses œuvres comme "des
récits et paysages mentaux". Il élabore
son travail à partir de l'enregistrement de paroles,
de silences, de respirations, de bruits et de musiques qu'il
compose, sollicite, déconstruit et découpe.
Il inventorie de façon quasi obsessionnelle et toujours
emprunte de musicalité des voix, des gestes, des humeurs,
afin de prendre acte d'une parole, d'un état ou d'un
manque. Il joue de l'articulation d'éléments
faisant apparaître une succession d'images mentales.
Un espace intérieur où la répétition,
le flottement des identités, des lieux et des structures
temporelles évoquent le mouvement même de la
construction et de la défection d'une mémoire.
A
travers ses pièces sonores parlées et musicales,
Dominique Petitgand propose une histoire en creux, en devenir,
qui n'appartient qu'à l'auditeur.
 Chaque "pièce sonore" (c'est
comme ça que je les appelle, je dis même : "pièces
sonores, parlées, musicales et silencieuses" )
que j'ai fait raconte quelque chose de particulier et la
forme de chacune induit un enjeu aussi particulier.
Comme ce que je fais se situe à la croisée
de l'art, la musique, l'écriture, le montage et la
narration, il est important de ne pas fermer ses multiples
réceptions.
Je ne souhaite ni provoquer certains sentiments précis,
ni faire voyager les auditeurs.
Voyager c'est un mot trop gentil. Ce que je propose parfois
peut être assez cruel ou exigent, ce n'est pas une
ballade tranquille. A propos de tranquille, justement, je
rechercherais plutôt l'intranquilité et la réflexion
des auditeurs. Qu'ils soient pertubés, émus,
touchés.
Mais c'est à eux, chacun différemment, à mettre
des mots sur leurs émotions et réflexions, à mettre
leur propre contexte. Je m'explique : il s'agit pour moi
de proposer quelque chose le plus nu, neutre, décontextualisé,
intemporel possible (en dehors des références
identitaires, sociales, géographiques, historiques
ou d'actualités en tout genre) pour que l'auditeur
justement remplisse à sa façon, avec ses propres
moyens (sa pensée, sa mémoire, sa propre vie)
le vide, les creux, les silences, les trous de mes histoires.
Parfois les silences sont nécessaires, ils permettent à l'auditeur
de réfléchir à ce qu'il vient d'entendre,
ils sont souvent d'un statut ambigu (est-ce la personne qui
s'est tue ou la pièce est-elle terminée ?),
ils font exister aussi le contexte de la diffusion (le lieu
s'écoute aussi dans ces creux), ils ont enfin une
aptitude à créer une figure de l'angoisse (la
voix qui stoppe, au bord du vide, tranchée net).
Que l'auditeur s'interroge toutes les secondes sur ce qu'il
est en train d'écouter.
Une tension permanente.
Parfois les musiques (que je nomme "atmosphères
musicales" plutôt que musiques car elles sont
souvent plates, linéaires, ténues) jouent un
rôle dramaturgique, elles peuvent être
pauses, tensions, contrepoints, pulsions ou guides pour les
voix, en accord ou contradictoires, elles jouent plus sur
l'affect des auditeurs.
Les diffusions que je propose articulent anciennes
et récentes pièces, dans un ordre thématique,
il y a un fil conducteur qui passe d'une pièce à l'autre,
mais ce fil est suggéré, souterrain.
Dominique
Petitgand
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