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Au commencement était le piano. À peine vient-il d’en posséder les rudiments qu’il découvre, travaillant un petit morceau d’étude, les sortilèges de la mélancolie. Cette étude en mode de La sonne comme un hymne à la gravité. Non pas la gravité des gens sérieux qui dégagent, selon Picabia, une odeur de charogne. Plutôt la gravité terrestre et ces gouffres que toute vie creuse. Tout résulte de cet éblouissement.

À onze ans, Jean-Philippe Goude ferme les yeux. Lorsque ses paupières s’écartent enfin, il ne voit que des bulles turquoise. Les temps ont viré. La couleur est donnée par Sgt Peppers. Avec Weidorje, il inaugure un rock aventureux qui le mène à Dick Annegarn, Odeurs, Renaud pour lesquels il écrira des arrangements marquants. Mistral gagnant relève de sa signature artistique. Un moment d’égarement qui dure trois ans. Puis c’est l’éveil.

En 1985, il décide d’écrire sa musique, celle qui était restée en sommeil dans un coin de l’enfance. Il vend ses synthétiseurs et ne conserve qu’un piano. Exit les échappatoires à paillettes. Début d’une longue période de face-à-face sans autre miroir que la sincérité. De Anima paraît en 1992, une étape décisive sur un chemin aux apparences néo-classiques. Suivent les albums Ainsi de nous (1994), La Divine nature des choses (1996) et Rock de chambre (2001). Autant d’oeuvres reconnues, popularisées souvent par la radio et la télévision. Jean-Philippe Goude est l’auteur de ces génériques musicaux inoubliables qui coïncident avec des émissions telles qu’Un siècle d’écrivains (France 3), Caractères (France 2) ou encore À voix nue (France Culture).

Rock de chambre qui témoigne d’un goût vif pour les alliances antinomiques, comme la réunion d’un orchestre de chambre et d’un batteur de rock (y compris progressif) relié à King Crimson, est l’album dans lequel l’héritage pop, la passion de l’énergie et du rythme prennent un relief particulier.

Là se niche le secret. Dans la nostalgie de l’âge baroque (avec ce que cet âge sous-entend de connexions avec la chanson et la danse) et le futurisme d’une musique qui ne rejette ni Mahler ni David Sylvian, ni Ravel ni Penguin Cafe Orchestra. Une sorte de nouvel âge de la musique savante qui s’équilibrerait sur un fil tenu d’un côté par les héritiers de Lully et de l’autre par des fans de Sufjan Stevens. Curieux mélange.

Aux Solitudes est bien un jeu de mot sur Purcell (Ô Solitude) mais cet album à l’instrumentarium classique et post-rock renvoie à un sujet grave, c’est-à-dire essentiel, et qui ne consiste pas en une plainte consensuelle sur la terrible dégradation de la Planète mais en une évocation d’un défi majeur. L’annonce de la mort de Dieu nous a rendu à l’état d’orphelins. À nous d’en assumer pleinement les conséquences.

Imbrication des styles, emprunt au passé et prospective sonore caractérisent ce nouvel album à la couleur noire étincelante (comme en peinture les vibrations de Pierre Soulages), au lyrisme paradoxal, car l’espérance jaillit sur un fond de désolation. Mêlant les sources acoustiques et électroniques, légèreté frémissante et pulsation frénétique, Jean-Philippe Goude invente cette grande musique à entendre et à voir qui fait disparaître les cloisons. Un enchantement.

La singularité de l’Ensemble Jean-Philippe Goude est une union magique où s’entretressent un quintette à cordes, piano et onde Martenot, mandoline, vents et quelques voix célestes composant un univers cinématique tel un film où se projetteraient des rêves et des doutes, nos abîmes de nuit et la perspective du chemin qu’il nous appartient de tracer. Voici une oeuvre majestueuse, profonde, dans laquelle il est impossible de se perdre. Elle parle autant aux amateurs de musique baroque qu’aux âmes émues par le minimalisme de Moondog ou de Phil Glass, à ceux que touchent les fantaisies d’Erik Satie qu’aux inconditionnels des textures diatoniques d’Arvo Pärt. Que l’on soit comblé par Gabriel Fauré ou définitivement séduit par les élégies de Robert Wyatt, Aux Solitudes est un album de partage au-delà des clivages anciens.

Sur des textes récités par Laurence Masliah et Jean-Philippe Goude, chantés par Isaure Équilbey et Paulin Bündgen, notre jeune garçon de onze ans pour la vie vient d’inscrire dans le marbre des musiques en mouvement, une oeuvre capitale. L’une de ces oeuvres que l’on écoutera dans le seul but et pour le seul plaisir de traverser la vie (sans l’aide des aficionados de Lully et de Sufjan Stevens) en envisageant notre présent et notre futur sur un mode sensible. Sensible, Jean-Philippe Goude l’est assurément, comme une corde qu’actionneraient un coeur blessé et le sourire d’un éternel enfant qui ne sait pas que la vie meurt.

Guy Darol
 
 
 

http://www.goude.net (le site de J.P. Goude)
http://www.myspace.com/icidailleursbooking (contact live)

MYSPACE
http://www.myspace.com/ensemblejeanphilippegoude

 
 
 

JEAN-PHILIPPE GOUDE - Aux solitudes
[2008 CD - IDA047]

DELUXE EDITION - digisleeve avec livret

01. Prolégomènes I 02. Market Diktat song 03. Embarqués dans les pentes 04. l'Homme dévasté 05. Prolégomènes II 06. No hay camino, hay que caminar 07. A nos rêves évanouis 08. Prolégomènes III 09. L'intranquilité 10. Là où les mots nous laissent 11. Fermer les yeux pour voir 12. De la consummation 13. Madeleine auf dem Weg 14. Le diverti se ment 15. Aux solitudes

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JEAN-PHILIPPE GOUDE - Aux solitudes
[2008 CD - IDA047]

01. Prolégomènes I 02. Market Diktat song 03. Embarqués dans les pentes 04. l'Homme dévasté 05. Prolégomènes II 06. No hay camino, hay que caminar 07. A nos rêves évanouis 08. Prolégomènes III 09. L'intranquilité 10. Là où les mots nous laissent 11. Fermer les yeux pour voir 12. De la consummation 13. Madeleine auf dem Weg 14. Le diverti se ment 15. Aux solitudes

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