
C'est un parcours assez atypique que
celui de Matt Elliott...
Sous le pseudo de The Third Eye Foundation, il a fait les
beaux jours de la scène électronique anglaise avec
une drum'n bass qui a évoluée à chaque
album - 5 parus entre 1996 et 2001 sur Domino (Franz Ferdinand,
Artic Monkeys...) - des compositions démesurément
sombres et organiques des débuts vers des ambiances
toujours grincantes mais à la violence de plus en
plus contenue. Une évolution qui est devenu une révolution
lorsque Matt a quitté Bristol pour s'installer dans
le sud de la France et s'est découvert des ascendances
slaves, le rapprochant encore d'une culture avec laquelle
il s'était toujours senti des affinités. Il
décide d'abandonner pseudo et labtop pour "The
Mess we made", premier album à ne plus avoir
sa place dans les bacs electros.
La mue se poursuit sur "Drinking Songs" qui impose
Matt Elliott en véritable songwriter. Les boucles
et les beats laissent la place à la guitare, aux claviers
et surtout à sa voix démultipliée en
des choeurs quasi liturgiques, donnant un relief inédit à des
textes qui gagnent eux aussi en importance. Le lien avec
la période Third Eye Foundation n'est cependant encore
pas tout à fait rompu car l'album se termine par un
mix de 20 mn digne de l'époque "Little lost soul".
Avec "Failing songs", plus question de faire plaisir à tout
prix aux fans de l'Epoque 3EF. Et l'utilisation répétée
du mot "song" dans le titre de l'album n'en est
pas le moindre signe. C'est bien de chanson qu'il s'agit.
Des chansons dont les mélodies subtiles contrastent
avec la dureté des mots car "Failing songs" est
un rude constat d'échec. Les textes portant en eux
le rejet par leur auteur, entre désespoir et colère
froide, de l'évolution militaro libérale
du monde.
Des compositions aussi sublimes que mélancoliques,
empreintes de musique slave, grecque, et d'ailleurs,
parfois ponctués de guitares hispanisantes (la
guitare étant
désormais l'instrument de prédilection,
omniprésente
bien que souvent conjuguée à la langueur
du violoncelle).
"Howling songs" clôt la trilogie dans un
parfait accomplissement. On y retrouve cette musique aux teintes slave mais sans
frontière définie,
avec comme seule constante un héritage indéniable de la musique
européenne. Musique habitée et très personnelle qui témoigne
d’un talent unique où se succèdent des mélodies poignantes
entre ballade et folk, folie et raison, révolte et désespoir. En
totale empathie avec le monde qui l’entoure, "Howling songs" est un constat
sans appel où l’on sent hourder la sensibilité révoltée
qui caractérise tant Matt Elliott.
Sensibilité d’autant plus accrue que sa voix intervient désormais
sans chorus, avec une assurance et une chaleur qu'il n'avait encore jamais atteintes.
"Howling Songs" est sans conteste l’album où Matt Elliott
a
porté le
plus loin son introspection et sa personnalité musicale ...
En attendant un prochain album de The Third Eye Foundation pour l’année
2010 !

Discographie complète :
Matt Elliott
The Mess We Made (Domino) - 2003
Drinking Songs (Ici d'Ailleurs) - 2005
Failing Songs (Ici d'Ailleurs) - 2006
Howling Songs (Ici d'ailleurs) - 2008
Third Eye Foundation
Semtex - (LSD) - 1996
Ghost - (Domino) - 1997
You Guys Kill Me (Domino) - 1998
Little Lost Soul (Domino) - 2000
I Poopoo On Your Juju (Domino) - 2001
Oumupo 1 (Ici d'ailleurs) - 2004 |