
En 2001, Eric Aldéa nous avait fait part de sa volonté de travailler sur une adaptation pour machines et cordes de "Spiral Insana", un titre enregistré par Nurse with Wounds en 1986. Enthousiasmé par les premiers extraits qu’il nous avait envoyé, nous lui avions confirmé notre volonté de produire ce disque.
A la même période, sa rencontre avec Ivan Chiossone, multi-instrumentiste talentueux réalisant pourtant là son premier enregistrement, l’a poussé à faire largement déborder le projet de ce cadre.
Cette rencontre est en effet rapidement devenue une collaboration très aboutie car Ivan Chiossone a rapidement pris sa part dans la création et la réalisation du projet. Au final, 2 des compositions de Narcophony, dont les 5 plages de "Petit buddha" qui d’adaptation est devenue librement inspirée de "Spiral Insana", sont co-signées par les deux musiciens, la troisième, "Leo", étant une composition de Chiossone.
Cette symbiose, partagée par les nombreux musiciens invités (dont Franck Laurino et François Cuilleron, deux anciens Bästard) a permis au duo d’aboutir à un disque magnifique, alternant ambiances apaisées, souffle symphonique des cordes et sonorités organiques (oud, clarinettes …).
Un superbe voyage à la croisée des créations contemporaines et électroniques, une musique tout simplement belle.
C'est à la suite de la découverte de ce premier album que l'écrivain et cinéaste Atiq Rahimi décide de confier au duo la composition de la bande originale de l'adaptation de son roman "Terre et cendres" qu'il réalise lui-même (prix du regard vers l'avenir au Festival de Cannes 2004).
Les deux musiciens se rendent à Kaboul pour 2 semaines en septembre 2003 et y enregistrent solos instrumentaux, chants traditionnels, un ensemble soufi … des sonorités rarement entendues ici et là-bas pendant les années d'obscurantisme qu'a connu le pays.
Riches de ces rencontres humaines et musicales, ils rapportent avec eux une "banque sonore" qui sera la matière première de leur travail de composition.
De retour à Lyon, ils s'entourent du chanteur afghan Massoud Raonak, de Pierre Citron (flute), Franck Laurino (percussions), Hasmig Fau (violoncelle) et François Cuilleron (violon) et amalgament ces témoignages à leur propres interprétations.
Fort d’un effectif stabilisé autour du duo Eric Aldéa / Ivan Chiossone avec Christine Ott (collaborations avec Radiohead, Yann Tiersen ... - Ondes Martenot), François Cuilleron (ex Bästard – guitares et violons) et Hasmig Fau (violoncelle), Narcophony passe au rouleau recycleur 13 morceaux de la première heure des Residents (de 1974 à 1985), avec la même énergie débridée qui caractérisait le groupe avant-gardiste.
Gagné par le ludisme qui habitait les contemporains de Kraftwerk, le groupe joue la carte du passage renversant de l’analogique à l’acoustique. Réservant la plupart des thèmes aux atemporelles Ondes Martenot (ancêtre de l’électronique), le groupe reprend les instrumentations mutines par des envolées de cordes et autres intrusions d’instruments rares. Un coup de maître incongru qui intensifie la période la plus riche des Residents.
Du mystique "Festival of Death" aux fugaces aventures de "Vileness Fats", "Narcophony play The Residents" opère un détournement de haute-voltige. Il s’empare du très condensé "Commercial Album" (1980), pour mieux en disséquer les tubes pop exacerbés d’une minute chacun, et entre au panthéon des chansons les plus tristes de la terre avec le morceau fétiche "Hello Skinny".
Revisiter l’histoire de la musique américaine à travers une série était l’un des ambitieux projets des Residents arrêté en cours de route. Narcophony le ressort du haut-de-forme avec "Jambalaya" de Hank Williams, et lui fait subir une glissade acrobatique improbable.
Autre projet avorté redoré par le blason de Narcophony: le fougueux "Whatever happened to Vileness Fats", BO incandescente d’un long-métrage en suspend, qui trouve ici un aboutissement inespéré.
Comme les Residents l’avaient fait avec les Beatles sur leur premier album "Meet the Residents" (1974), Narcophony joue en virtuose avec la matière première et poursuit une histoire prégnante de rebondissements, avec la même effervescence que leurs aînés du far west. |