Ne jamais être là où on l'attend,
tel semble être la devise artistique de The Married
Monk. Successeur inattendu de The Belgian Kick, ce cinquième
album est la musique d'Elephant People, un opéra pop
qui rassemble les figures emblématiques de la monstruosité.
Pour l'occasion, le chanteur guitariste Christian Quermalet,
le bassiste Philippe Lebruman, le saxophoniste Etienne Jaumet
et le nouveau batteur Nicolas Courret (Bed, Headphone), qui
jouent sur scène pendant des représentations
ont concocté une bande-son alternant chansons enivrantes
et passages parlés par les comédiens du spectacle,
dont la créature post-moderne Vincent McDoom.
"Nous les monstres, aujourd’hui chefs d’œuvre
de l’insolite, ne sommes-nous pas les éclaireurs
avancés de l’humanité de demain ?, nous
lance Serpentina, l’illustre femme-serpent privée
d’os.
Répondant au principe de la commande adressée à l’auteur
australien Daniel Keene pour le livret et à The Married
Monk pour les compositions musicales, le projet Elephant
People est un opéra contemporain dont le motif dramaturgique
rassemble les grandes figures passées de la monstruosité autour
du personnage "fondateur" de Joseph Carey Merrick
(1862-1890) dit Elephant Man.
La baraque de foire au xxie siècle ou freak show autrefois,
serait aujourd’hui probablement cette tribune ouverte,
genre émission de débat TV ou pseudo loft réel.
L’image truquée, notamment par la publicité,
offre la primauté du culte du corps. Ici, le débat
télévisé supplante donc la baraque de
foire et le drame se noue off micro. Inverser les regards
portés sur la réalité de ce monde afin
de pénétrer le mystère des lois de la
nature, approcher le fantastique comme une partie invisible
de soi-même, tels sont les arguments majeurs de cet
opéra pop."
Renaud Cojo, metteur en scène de Elephant People

Pour ceux qui auraient raté les épisodes précédents
ou reviendraient à la source, voici une rapide chronologie
des évènements connus : Christian Quermalet
débute au sein des Tétines Noires, devenus
depuis LTNO, en tant que bassiste, poursuit avec le groupe
Swam Julian Swam qui lui donne l’occasion de faire
une rencontre décisive, celle de Philippe Lebruman.
Son séjour d’un an à Londres est particulièrement
fructueux puisque dès son retour, il retrouve son
coéquipier et produit "There’s a rub" en
compagnie de Franck, échappé de Swam. Rosebud/Barclay
accueille la formation à bras ouverts.
Arnaud tient la basse le temps d’une longue tournée
dans notre hexagone avec un passage remarqué aux Transmusicales
de Rennes et d’un maxi 4 titres intitulés "Will
you get on with the Married Monk ?" puis s’en
va monter le groupe Emma.
Au fil des ans les musiciens changent mais l’inspiration
demeure puisque le groupe réalise un second opus baptisé "The
Jim Side" , produit par le sémillant Jim Waters
(John Spencer, Little Rabbits, Sonic Youth…). D’emblée
le groupe s’affirme dans le paysage musical même
si son chant en anglais et ses compositions pop peu orthodoxes
le détourne de la masse plus habituée à des
sonorités rock basiques. The Married Monk prend donc
le maquis en attendant des vents meilleurs. Mais cet album
ne tomba pas dans les oubliettes puisque le réalisateur
Tran Anh Hung choisit le titre "Tell Her Tell Her" pour la
BO de "A la Verticale de L'été".
En 1997; Franck laisse les baguettes et cymbales à Jean
Michel Pires pour partir le long des routes européennes.
Interpellé par les sirènes de l’électronique,
Stéphane monte Bosco.
En 1999, c’est la rencontre avec Yann Tiersen. Ce dernier
cherche des musiciens pour élargir son spectre musical,
tutoyer le rock après des années de recherche
solitaire. Une longue tournée et une black sessions
désormais mythique, l’enregistrement du mini-album
"Tout est calme" démontrent toute la pertinence
de cette collaboration.
Le talentueux Fabio Viscogliosi (Microbe Records) et le frère
de Christian, Cyril, prennent les commandes des guitares
et claviers pour l’enregistrement du fantastique "R/O/C/K/Y",
un troisième album qui permet au groupe de démontrer
que ses capacités en matière d’arrangements
n’ont désormais plus de limites.
Puis vient "The Belgian Kick" :
"Pour commencer, je dirai que le titre vaguement poétique
de The Belgian Kick, quatrième album du nom de The
Married Monk (MM, un sigle toujours savoureux), n'a aucun
sens. Cette constance dans le non-sens (rappelez-vous R/O/C/K/Y
la fois précédente) se double d'un esthétisme
idoine. En l'occurrence, un portrait d'un réfrigérant
barbu en Ray Ban sorti de nulle part. J'aime d'autant plus
cet art du contre-pied (à ce niveau-là, il
faut effectivement parler d'art) qu'il déroute parfois
les auditeurs potentiels de MM.
En effet, MM aime être là où on l'attend pas. Pourtant, il
n'y a aucun calcul de sa part, seulement la volonté de marcher en avant,
quitte à faire parfois des pas de côté. Aujourd'hui réduit à son
trio de base (un merveilleux chanteur anglophile + un brillant touche-à-tout
+ un batteur surdoué), le groupe signe son disque le plus mûr et
le plus varié. Cette variété lui permet des grands écarts
insensés, sautant à pieds joints d'un imparable tube disco pop
(Pretty Lads) à un slow improbable (Totally Confused), d'une injonction
rock (Tell Me Gary) à une ballade chaloupée (Love Commander), ainsi
que la transfiguration d'un titre méconnu de John Barry (You Only Live
Twice) ou oublié de Captain Beefheart (Observatory Crest) qui ne passeront
pas inaperçus ici ou ailleurs. Ou comment se réapproprier intelligemment
le répertoire des autres, une vieille habitude chez MM. Et les autres
justement ? MM s'en fout. Au point de ressortir du placard le saxophone, l'instrument
le plus décrié de l'histoire du rock. À propos, si je devais
en écrire un chapitre, j'affirmerai que MM est le plus atypique des groupes
français, comme le démontrent les douze titres de The Belgian Kick.
Et c'est pas les Belges qui me contrediront."
Antoine Jade
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