L’ailleurs comme encre, l’aléatoire comme
boussole, l’imprévu comme point de chute...
Dès son titre, "No border" semble résumer à merveille
tout ce qui constitue l'univers de Thomas Belhom depuis quelques
temps déjà ...
Une première étape discographique : Amor Belhom
Duo; une longue amitié entre Naïm Amor (voix,
violons, guitares, sampler) et Thomas (batterie, percussions,
voix, accordéon), deux français oeuvrant dans
un paysage inspirant et mystique – Tucson, Arizona
- et une profonde envie de creuser son propre sillon au delà des étiquettes
et des genres (folk, jazz, blues, musiques improvisées,
post rock, bluegrass, country…). Quatre chapitres dont
un live et un "Tête à tête" avec
Calexico, des centaines de concerts sur les deux continents
ont révélé au public un duo singulier,
toujours surprenant et inventif.
Lorsque les chemins se séparent, fuyant les affres
de la bureaucratie américaine et les retombées
du 11 septembre sur les apatrides, Thomas et sa muse Viva
Yazon rejoignent la caravane des nomades, ceux pour qui le
foyer se trouve dans la prochaine étape. Ainsi l’Europe
redevient son terrain de prédilection, sans nostalgie
pour les cactus et les cimetières d’avions mais
attristé de devoir quitter beaucoup d'amis.
Après "Mobile home", un format court édité par
La Grange à Disque dans un étui en forme de
passeport (déjà – toujours - cette détestation
des barrières érigées entre les hommes)
paraît en 2004 "Remedios", un premier album
solo à la beauté fragile, traversé par
la grâce que confèrent l'audace et la sincérité.
Un disque qui permet de découvrir que Thomas n'est
pas qu'un excellent percussionniste mais qu'il est également
capable d'émouvoir avec sa voix, sa guitare, ses mélodies.
Un disque qui lui permet surtout de parcourir l'Europe
pour faire partager en live et en solitaire ses constructions
si personnelles, dont la précarité de l'équilibre
et la chorégraphie qu'elles imposent à leur
créateur participent à la beauté.
Aujourd'hui,
alors que certains rêvent de frontières
toujours plus hermétiques, Thomas Belhom affirme plus
que jamais sa liberté de musicien et de citoyen du
monde sur un second album enregistré entre Münich,
Londres, Nashville et Paris.
"No
border" est le carnet de voyage d'un musicien
qui n'aime rien tant que les rencontres, si ce n'est peut-être
les retrouvailles, et que rien n'insupporte plus que ce
qui peut les empêcher. Ainsi ses mélodies
funambules se sont enrichies au gré des voyages
et des enregistrements de la participation de nombreux
musiciens amis dont Stuart
Stapples (Tindersticks) que Thomas accompagne sur scène
après avoir participé à l'enregistrement
de son second album solo (tiens, lui aussi) et qui prête
sa voix au magnifique "South over the seven hills".
On croise également Volker Zander (Calexico) qui
accompagnait Amor Belhom Duo à la contrebasse lors
de leur dernière
tournée ou encore Kim Ohio (Mad River), rencontrée à l'époque
de Witches Valley, qui croise sa voix avec celle de Thomas
sur trois titres. Un des deux instrumentaux de l'album
est même composé et interprété par
Viva Yazon, également peintre et désormais épouse
de Thomas, accompagnée de Paul Nihaus (Lambchop)
et sa steel guitar caractéristique.
Si le besoin de l'autre,
la souffrance d'une absence trop souvent vécue sont les fils conducteur de "No
border", les mélodies de Thomas Belhom s'affirment
par leur subtilité, leur légèreté parfois,
comme une défiance face à l'évolution
violente du monde qu'il parcourt. Car décidemment,
si l'humain reste son sujet de prédilection, Thomas
supporte de moins en moins de voir "partout où l'on
dort, un mirador".
La musique comme un refuge, entre
deux journées de
voyage.
 texte de Thomas Belhom à propos de "No border" :
- ITALIE - ALLEMAGNE - "No Border" est un album réalisé durant
l'été 2005 avec le soutien constant de l'équipe
du label "ICI D'AILLEURS".
En revenant de concerts en Italie, j'avais rendez-vous avec
Volker Zander à Munich pour enregistrer. Volker, bassiste
de Calexico, est également patron du label allemand
Apparent Extend et a joué le rôle de producteur
exécutif sur ce disque. Nous avions 5 jours d'enregistrements
dans le studio d'un ami à lui, Michael Heilrath. Avec
Michael, nous avons en fait utilisé le Dojo d'à coté (surface
au sol souple pour l'entraînement du Karaté), ça
sonnait mieux et puis je commençais à sentir
de sérieuses douleurs dorsales après les efforts
de la tournée italienne, ça me motivait pour
aborder les séances qui étaient de vrais défis
physiques par moments. Deux personnes étaient invitées à passer,
Kim Ohio et Olivier Pasquer, des amis français, l'une
chante, l'autre joue de la mandoline.
Toutes mes idées de départ venaient d'une petite
guitare mexicaine que possède Viva Yazon, ma femme.
J'avais l'ambition de faire un album de chansons contrairement à l'album
précédant "Remedios", où les
idées venaient des percussions et qui s'avère être
plus un disque d'expériences sonores avec des invités
(David Grubbs, Red).
En Italie, j'étais hébergé dans les
Pouilles (dans le talon de la botte), à Coppertino
chez mes amis de L'Enfance Rouge. Nous avions des discussions
sur l'Europe, sur le Monde, c'était peu après
le référendum européen et cette photo
prise par François R. Cambuzat à l'extrémité de
l'Italie, de l'Europe, où l'on pourrait presque apercevoir
le Magreb à l'horizon, s'est imposée à moi
comme la pochette du disque "No Border".
- ANGLETERRE - USA -
Une fois les bases posées à Münich, je
collaborais également avec Stuart A. Staples à Londres
sur des musiques destinées à "L'Intrus",
film de Claire Denis. Dans son petit studio de Londres qu'il
n'a plus, Stuart a commencé à mixer quelques
morceaux faits en Allemagne et a enregistré entièrement
le morceau instrumental "Oceanic". Sans forcément
chanter, Stuart fut très présent à la
réalisation, grâce au temps passé à jouer
ensemble à Londres, aux discussions... Au final, il
chante un texte à lui sur "South to the seven
hills", joue du mélodica, et a mixé plusieurs
morceaux de l'album.
Avec lui et son groupe, dont Dave Boulter qui joue de l'orgue
sur la chanson "Always", nous étions allés à Nashville-Tennessee
en avril 2005, enregistrer le 2ème album solo de Stuart
A. Staples, "Leaving Songs". J'y avais fait la
connaissance de Mark Nevers et de William Tyler des Lambchop.
Ils m'avaient invités à revenir à Nashville
en août, ce que nous avons fait, ma femme et moi. Quand
nous sommes arrivés, Paul Niehaus, qui joue avec Calexico,
est souvent à Tucson-Arizona mais habite à Nashville
et était chez lui en cette fin d'été.
Nous le connaissions déjà, en passant chez
Mark Nevers, at The Beech House, Paul a enregistré plusieurs
lapsteel-guitar sur l'album, "Hey Man", "Piano
Viva", "Overseas". Son amie Patty Lemay, chanteuse
country, participe également au piano et banjo sur "Sometimes" et "Always".
Nous dormions chez William Tyler et Viva avait l'habitude
de jouer le piano-wurlitzer au sous-sol, je l'ai enregistré (à son
insu), ce qui constitue la petite pièce "Piano
Viva".
- FRANCE -
De retour à Paris, j'ai revu mes deux complices français
avec qui j'avais enregistré à Münich :
Kim Ohio et Olivier Pasquer. Je jouais avec Kim (et Naïm
Amor) au début des années 90 dans le groupe
Witches Valley. Elle m'aide beaucoup à chanter, elle
apporte sa voix fantastique sur 3 morceaux dont la reprise
d' Hüsker Dü, "Pink Turns to Blue", un
morceau que j'écoutais beaucoup à l'époque
des Witches Valley. Olivier, quant à lui, participait
dans un groupe du Mans des années 80 : Nuclear Device,
j'étais adolescent quand je les voyais jouer, souvent
en compagnie des Berruriers Noirs. Olivier est graphiste
et outre l'apport d'une mandoline dans "hey man" et "overseas",
il m'a aidé à la mise en page du CD.
Au moment des derniers mixages, j'ai retrouvé Bruno
Green à Rennes, avec qui j'avais déjà travaillé sur
l'album "Remedios", et puis je suis reparti faire
des concerts en Italie, avec Olivier cette fois ; une manière
de 'boucler la boucle'. Ce disque "No Border" dessine
paradoxalement les contours du maquis solidaire et sans frontières
dans lequel j'évolue.
|