Bruit Noir

Bruit Noir

Discographie

En plus de quinze ans d’une carrière jalonnée par la parution de cinq albums majeurs, Mendelson nous avait habitués à des disques chocs… Pourtant, rien ne nous préparait à Bruit Noir, le premier projet parallèle de Pascal Bouaziz et de Jean-Michel Pires. Cet album est un brûlot, une œuvre incandescente, un maelström de poésie hurlante et de musique hallucinatoire, un cri libérateur et jubilatoire.


C’est Jean-Michel «Mitch» Pires, l'un des deux batteurs de Mendelson depuis plusieurs années, qui est à l’origine de cette aventure. Pires, l’un des meilleurs musiciens de sa génération – c’est Magic qui le dit, et on est d’accord – a joué avec des artistes aussi divers et importants que Bed, The Married Monk, Bosco, NLF3 ou… Michel Houellebecq. Mais plus qu’un accompagnateur de talent, c’est aussi un créateur à part entière, comme le prouvent ses projets personnels, Headphone et Mimo The Maker.

Après avoir invité sur scène Pascal Bouaziz, le chanteur de Mendelson, à poser un texte inédit sur une de ses musiques, Mitch lui propose de faire un titre en studio pour un de ses albums, juste pour voir… Ils en feront quinze : largement de quoi faire un album. L’idée, c’est que Jean-Michel fasse toutes les musiques, que Pascal se mette ensuite devant un micro et improvise, sans se poser des milliards de questions. Une sorte de prose spontanée, prônée par Kerouac et Ginsberg, de stream of consciousness… ou encore de monologue intérieur. Ce qui pourrait d’ailleurs expliquer le nom du projet.

Car si selon certaines sources scientifiques, le « bruit noir » serait ce qui reste du bruit du big bang, il serait surtout, selon Pascal Bouaziz, celui qu’on entend dans la tête des gens – « si on s’en approche de très près ».

Quoiqu’il en soit, le Bruit Noir qui résulte de cette expérience est bruyant, c’est sûr, mais aussi extrêmement brillant. Et noir, bien sûr, mais pas uniquement. Ou alors comme l’humour peut l’être, ce fameux humour noir que Mendelson a longtemps cultivé (« Seul au sommet », « J’aime pas les gens », etc.) et qui a pu manquer à certains aficionados sur son impressionnant cinquième et dernier album – à ce jour – paru en 2013.


Qu’entend-t-on tout au long des dix morceaux de ce disque ? Des « chansons » ? D’une certaine façon, puisqu’on y retrouve parfois une certaine structure, des refrains. Le tout porté par la belle voix de Pascal Bouaziz, dont on ne soulignera jamais assez la douceur – presque surréaliste dans son décalage avec la dureté du propos. Mais rien à quoi l’on puisse vraiment s’attendre – ou se raccrocher. Et surtout, rien de jamais vraiment entendu nulle part. Pour ceux qui tueraient pour pouvoir placer une référence, ça ne va pas être du gâteau. Histoire de les aider un peu, on pourrait en avancer une : Suicide, le groupe d’Alan Vega et Martin Rev, pour le côté hypnotique et répétitif, mais en moins déjanté. Quoique…

Musicalement, Bruit Noir peut être considéré comme minimaliste, ou plutôt conceptuel : Jean-Michel Pirès s’est imposé une contrainte simple, n’utiliser que des percussions et des cuivres. Mais c’est déjà beaucoup : des ambiances post-punk à la PiL ou The Creatures de certains titres aux échappées free-jazz de quelques autres, on marche en territoire inconnu mais suffisamment touffu pour être très vite complètement perdu, et c’est bon.

Ça commence très fort avec « Requiem » : une batterie martiale, des cuivres stridents, et cette voix hantée, noyée d’effet, qui réalise le fantasme ultime, écrire sa propre oraison funèbre ! En écoutant cet album, on se dit souvent, « Il fallait oser ». Ou plutôt, « Il fallait le faire ! » Dans le sens, « Chapeau ! », mais aussi, « Il fallait bien que quelqu’un s’y attelle ! » Et Pascal Bouaziz s’y est attelé.

Il déroule des textes qui ne connaissent ni la peur de dire ces choses qu’on a tous au fond du crâne (notre propre bruit noir), ni l’autocensure du politiquement correct. Ça libère de se dire que quelqu’un d’autre pense qu’on est tous « entourés d’abrutis ». Ou qu’il faudrait en supprimer beaucoup (presque tous sauf soi-même, en gros). De l’entendre dire qu’il vivrait bien « en province, à dix minutes du centre-ville », avant d’ajouter « Pourquoi tu irais au centre ville ? Il n’y a rien au centre ville ». D’oser avouer, « Je regarde les nuages, c’est beau, je suis bien, comme… un con ». Mais n’en révélons pas plus, un des plaisirs de cet album réside dans la découverte de ces paroles qui claquent sur ces musiques qui cognent. Le plaisir d’être choqué par des morceaux qu’on aurait voulu écrire tant ils sont forts, drôles et évidents (« Sécurité Sociale », « La Manifestation », « La Province »), durs et lucides (« Usine », « Low Cost », étrangement prémonitoire, puisqu’écrit avant le crash de l’A320 dans les Alpes) ou tout simplement poétiques et personnels (« Je regarde les nuages », « Joe Dassin », « Joy Division », qui devrait être un hit dans un monde meilleur). Et puis, il y a ce dernier titre dévastateur, « Adieu », poignant et profondément troublant, qui prolonge cette tradition de confessions autobiographiques puisant dans l’univers de l’enfance à laquelle nous a habitué Pascal Bouaziz avec quelques-unes de ses plus grandes chansons (« Par chez nous », « 1983 (Barbara) »)… Partout l’intelligence se mêle de beauté, la violence de tendresse, la rage de désespoir. Et aussitôt fini, comblés, on a envie de tout réécouter.


Alors bien sûr, à propos de cet album, on va beaucoup parler de Mendelson, dans la lignée duquel il se situe, mais avec pourtant quelque chose en plus, un côté étrangement accessible, une certaine légèreté tordue, une fraîcheur énergique, certainement dues à l’improvisation. De toute façon, Mendelson, on n’a pas fini d’en parler. Bruit Noir n’est qu’un des premiers side projects du groupe. D’autres arrivent, en rafale : le premier album solo de Pascal Bouaziz, constitué de chansons haïkus; son premier recueil de poèmes, Passages (à paraître aux éditions Le Mot et le reste); un nouvel album de Mendelson (des reprises de chansons politiques où, semble-t-il, Robert Wyatt et Sly Stone côtoieraient The Pop Group et Jean Ferrat !). Et tout ça en 2016 ? N’en jetez plus !

Ah si, il y aura aussi la suite de Bruit Noir, puisque trois épisodes de cette série très spéciale sont prévus. Toujours avec une thématique et une contrainte musicale forte (l’électronique minimale sera ainsi au programme du Tome 2). Et on les verra sur scène, bien entendu.

Les poètes ne chôment pas. Tant mieux : le monde a besoin d’eux. Vous, moi, et tous les autres qui ne le savent pas encore, nous avons tous besoin d’artistes comme Bruit Noir. Et de plus en plus.



Stan Cuesta (Rock&Folk, Mojo, Rolling Stone)

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