Miët

Miët

Discographie

C’est d’une forme d’urgence absolue, faire de la musique à tout prix, que naît Miët, projet solo de la musicienne Suzy LeVoid. Autodidacte, lorsqu’elle commence la basse en 2013, l’envie de composer et de se produire sur scène va rapidement la mener à créer ce one woman band, où la basse et la voix sont les fondations d’une musique brute, sincère, à fleur de peau. Accompagnée d’un boucleur, elle écrit et se produit seule, faisant rapidement son chemin vers les scènes françaises, ouvrant pour Jeanne Added, Shannon Wright...

 

Sans intention d’appartenir à un courant en particulier, la musique de Miët se construit naturellement autour de cette basse aux sons multiples, qui se meut au gré d’une pléiade de pédales d’effets et d’expérimentations sonores. Portées par une énergie électrique, en concert les boucles de basse s’enchaînent, saturées, frénétiques, les prestations tendues, sur le fil, se font féroces et exaltées. Mais c’est l’ambivalence entre force et fragilité qui caractérise aussi la musique de Miët. D’une voix qui oscille entre douceur et uppercuts, le rock sauvage laisse également place à des accalmies mélancoliques, songeuses.

 

En 2018, Suzy LeVoid rejoint MellaNoisEscape, projet d’Olivier Mellano et s’attèle également à la composition et l’interprétation de la musique de la nouvelle pièce de la chorégraphe Marie-Laure Caradec, OFF. Après avoir sorti un EP 5 titres Cryptids en 2016, Miët propose aujourd’hui un premier album Stumbling, Climbing, Nesting. Après un an de travail sur la composition de l’album et l’écriture des textes, elle s’enferme seule pendant deux mois, se consacrant à l’enregistrement de la musique dans ce qui pourra être qualifié de « bedroom studio ». Imaginé dès sa conception comme une pièce dont les titres se déroulent, s’entre-croisent, Stumbling, Climbing, Nesting est un récit dont la narration souligne la caractère hypnotique de ses compositions. La boucle, le cycle, le début, la fin, la frontière entre le réel et les rêves, l’immobilisme et le mouvement, autant de sujets que questionnent les textes de l’album, dont la forme trouve son inspiration dans les poèmes de Walt Whitman.

 

Le Mythe de Sisyphe d’Albert Camus et sa philosophie de l’absurde (dont le titre My Boulder and I est une interprétation directe) sont le fil conducteur d’une réflexion qui se passionne pour l’être humain, ses faiblesses et ses désirs, son empreinte à travers le temps (Many masters). Stumbling, Climbing, Nesting « trébucher, grimper, faire son nid », c’est l’idée d’une ascension perpétuelle, ralentie et enrichie par les chutes, qui mène parfois jusqu’au refuge (Nesting). Mais la marche reprend inexorablement, déterminée, malgré les obstacles que l’on s’impose dans les mauvais jours (The Queen of Gloom) ou ceux que les autres érigent sur notre chemin (October ou encore I walk, uninterrupted, qui traite du harcèlement de rue). Et lorsque le corps se fige (Hibernation), le voyage continue en rêve (Our Waking Lives) ou dans la mémoire (Anophecy).

 

La voix se promène elle aussi, à l’image de Hibernation, où le doux spoken word du début amène au fil des rythmes, des riffs, à un chant clamé, rugueux puis furieux. Côtoyant les instrumentations d’un rock industriel, c’est une voix qui, comme la basse, se déforme, qui parfois s’adoucit ou rugît (I walk, uninterrupted ; Nesting), elle aussi sujet au mouvement, refusant de se soumettre à une seule forme de parole. Et l’instrument basse, remanié, poussé dans ses retranchements, s’approche parfois d’une guitare, ou arrangé par une pince un linge, un archer, offre des sonorités nouvelles. Des rythmes percussifs et mécaniques, hybrides de boîte à rythme et de percussions, viennent désormais s’ajouter à ceux frappés sur la basse.

 

Une musique sombre et brutale, reflet d’un univers sensible et profondément incarné.